Un nouveau rapport épidémiologique de Santé publique France, couvrant la période 2015‑2024, met en lumière l’ampleur du problème de santé publique que représentent les chutes chez les personnes âgées de 65 ans et plus en France. Malgré les dispositifs de prévention mis en place, les données récentes montrent une hausse marquée des hospitalisations et de la mortalité liées aux chutes, avec des implications importantes pour les politiques de santé et de prévention.
Des hospitalisations en forte croissance
En 2024, 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été dénombrées chez les personnes âgées de 65 ans et plus, ce qui correspond à un taux standardisé de 1 198 hospitalisations pour 100 000 habitants de cette tranche d’âge. Ce chiffre représente une augmentation de 20,5 % par rapport à 2019.
Cette progression s’observe dans toutes les classes d’âge au sein de la population senior, avec une vulnérabilité particulièrement élevée chez les personnes de 85 ans et plus, chez qui les taux sont nettement supérieurs à ceux des 65‑74 ans.
La mortalité en lien avec les chutes aussi en hausse
Les données montrent également que 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en 2024, soit un taux de mortalité standardisé de 138 pour 100 000 habitants ≥ 65 ans. Cela correspond à une augmentation de 18 % par rapport à 2019.
Fait notable : bien que la mortalité toutes causes soit globalement plus faible en 2024 qu’en 2019, celle liée aux chutes a continué à augmenter régulièrement, ce qui souligne l’importance croissante de ce facteur dans la mortalité des seniors.
Facteurs de risque : âge, sexe, saison et région
Le rapport identifie plusieurs disparités significatives :
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Sexe : les hospitalisations sont proportionnellement plus fréquentes chez les femmes, alors que les hommes présentent une mortalité liée aux chutes plus élevée, toutes choses égales par ailleurs.
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Âge : les risques augmentent fortement avec l’âge — par exemple, le taux d’hospitalisation chez les ≥ 85 ans est 8,6 fois plus élevé que chez les 65‑74 ans, et le taux de mortalité est 29 fois plus élevé.
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Saison : les taux sont plus élevés en hiver qu’en été, possiblement liés aux conditions climatiques et aux risques accrus de glissades.
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Régions : certaines régions, comme le Grand Est, la Normandie, la Bretagne et l’Auvergne‑Rhône‑Alpes, affichent des taux d’hospitalisation et de mortalité plus élevés que la moyenne nationale.
Au-delà du vieillissement démographique
Les experts soulignent que l’augmentation des taux de mortalité liée aux chutes dépasse ce qui serait attendu uniquement du vieillissement de la population. Entre 2020 et 2024, la progression observée des décès liée aux chutes a été plus importante que les projections basées sur la tendance 2015‑2019, surtout chez les personnes très âgées.
Ce constat met en exergue l’importance de renforcer les stratégies de prévention et de prise en charge, notamment à travers des actions ciblées de réduction des risques, l’adaptation des environnements de vie et l’éducation des aidants et des seniors eux‑mêmes.
Un enjeu de santé publique majeur
Les chutes restent l’une des principales causes d’accidents de la vie courante chez les personnes âgées et sont responsables de conséquences lourdes en termes d’autonomie, de qualité de vie, de coûts hospitaliers et de mortalité. La tendance récente observée suggère que les dispositifs actuels de prévention, bien que nécessaires, doivent être intensifiés et adaptés aux besoins démographiques et régionaux actuels.



