Longévité en santé : ce que le rapport de l’Institut Montaigne change pour les professionnels du parcours

Assistants de service social hospitaliers, cadres de santé, équipes de coordination gériatrique, DAC, CCAS, médecins traitants, mandataires judiciaires : vous gérez chaque jour les conséquences d’un système encore largement tourné vers des situations déjà dégradées. Le rapport Longévité en santé – Prévenir pour mieux vieillir, publié par l’Institut Montaigne en septembre 2026, met des chiffres précis sur ce constat. Ses propositions concernent directement l’organisation des parcours.

Un système construit pour réparer, pas pour anticiper

Coprésidé par Sophie Boissard (Clariane), Dominique Pon (La Poste Santé & Autonomie) et le professeur Thomas Rapp, le rapport part d’un bilan sévère. Vingt-cinq ans après la création de l’APA, notre modèle reste pensé pour répondre à une dépendance déjà installée et ne suit plus l’évolution démographique.

Les projections donnent la mesure de la pression à venir. Selon l’IGAS, les journées d’hospitalisation des 75 ans et plus pourraient passer d’environ 23 millions aujourd’hui à près de 45 millions en 2050. Leur part dans l’activité hospitalière passerait alors de 37 % à 51 %. Dans le même temps, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie devrait augmenter de 16 % d’ici 2030 et de 36 % d’ici 2040.

Aux urgences, les personnes âgées paient le prix des ruptures de parcours

Le rapport consacre plusieurs pages aux passages aux urgences, une réalité quotidienne pour les services sociaux hospitaliers. Les 75 ans et plus représentent environ 12 % des passages, et un quart d’entre eux viennent pour un motif traumatologique, le plus souvent une chute.

Surtout, ils y restent longtemps : 36 % des patients de 75 ans et plus passent plus de 8 heures aux urgences, contre 24 % en 2013. En cause, notamment, la difficulté à trouver des lits d’aval. Or une étude de l’AP-HP citée par le rapport montre qu’une nuit passée sur un brancard fait passer le risque de mortalité hospitalière de 11,1 % à 15,7 %, soit près de 40 % de hausse.

À l’inverse, une coordination gériatrique efficace change tout. Le rapport cite l’Équipe de coordination gériatrique d’urgences du centre hospitalier de Martigues : après son intervention, le taux d’hospitalisation a baissé de 37,2 %, les retours aux urgences à un mois de 65,5 % et les erreurs d’orientation dans le parcours de 52,5 %.

Hospitalisations évitables : la coordination comme levier

Une partie de ces hospitalisations pourrait être évitée. La DREES recensait, pour six pathologies chroniques, 265 000 hospitalisations potentiellement évitables, dont 80 % concernent des patients de 65 ans et plus. Les 75 ans et plus concentrent notamment 85 % de celles liées à la déshydratation et 75 % de celles liées à l’insuffisance cardiaque. Le rapport souligne également qu’un suivi par le médecin traitant une à deux fois par an divise par plus de cinq le risque d’hospitalisation évitable.

Sa conclusion rejoint l’expérience du terrain : il faut fluidifier les transitions entre les niveaux de soins, mieux accompagner le retour à domicile après une hospitalisation et disposer d’un aval suffisamment médicalisé pour éviter les réhospitalisations précoces.

La chute, point de bascule du parcours

Chaque année, les chutes causent plus de 10 000 décès de personnes de plus de 65 ans. Dans l’année qui suit une hospitalisation pour chute, un patient engage en moyenne près de 12 000 euros de dépenses de santé supplémentaires. Et chez les seniors fragiles vivant à domicile, un besoin d’aide non couvert pour les activités du quotidien augmente le risque de chute de 18 %.

Pour le prescripteur, le message est clair : une sortie d’hospitalisation vers un domicile mal sécurisé expose à un retour aux urgences. La qualité de l’orientation au moment de la sortie est un véritable levier de prévention.

Domicile ou établissement : sortir de l’opposition

Le rapport critique une vision qui oppose domicile et établissement au lieu de les considérer comme une gamme de réponses qui se combinent au fil du parcours. Cette opposition occulte les solutions intermédiaires et, surtout, empêche d’orienter la personne selon l’adéquation entre ses besoins, ses souhaits, son environnement et la réponse proposée.

C’est exactement l’enjeu d’une orientation réussie. Entre le retour au domicile avec aides, l’hébergement temporaire, la résidence autonomie, l’habitat inclusif et l’EHPAD, la bonne solution dépend d’une évaluation fine et d’une connaissance à jour des places disponibles.

Aidants : une ressource qui se raréfie

Plus de dix millions de Français aident un proche, en moyenne 13 heures par semaine, et 79 % assument seuls la charge principale. Or leur nombre recule : entre 2008 et 2022, 340 000 aidants réguliers ont disparu, alors que les besoins augmentaient.

Pour les prescripteurs, cela signifie moins de relais familiaux à la sortie d’hospitalisation et davantage de situations où l’épuisement de l’aidant déclenche l’urgence.

Six recommandations, dont plusieurs touchent directement les parcours

Le rapport formule six recommandations, organisées en quatre axes :

  1. Se fixer un objectif de rattrapage des pays les plus avancés en espérance de vie en bonne santé d’ici 2035-2040, porté par un Institut national de la Longévité.
  2. Garantir un continuum de prévention tout au long de la vie autour de la nutrition, de l’activité physique et du lien social.
  3. Généraliser le repérage des fragilités avec le programme ICOPE de l’OMS, dès 50 ans et à chaque contact avec le système de soins.
  4. Doubler le nombre de paramédicaux en exercice, la France comptant à peine plus de deux professionnels pour cent personnes de plus de 65 ans, contre cinq en moyenne dans l’OCDE.
  5. Organiser un parcours de proximité, de l’évaluation des fragilités jusqu’à l’accompagnement à domicile ou en établissement, en s’appuyant sur les SMR, les EHPAD et les services à domicile.
  6. Construire une plateforme numérique nationale et interopérable pour suivre le parcours des personnes fragiles, en généralisant l’usage du DMP.

Les CRT : une réponse prometteuse, mais sous-dimensionnée

0Pour la cinquième recommandation, le rapport mise sur les centres de ressources territoriaux (CRT) adossés aux EHPAD, dont 69 % des Français vivent à moins de 5 km. Leur volet d’accompagnement renforcé devrait notamment assurer une évaluation au domicile avec un coordinateur identifié, une réponse organisée aux urgences y compris la nuit, et un appui au retour à domicile après hospitalisation, en lien avec les établissements de santé, les SMR et l’HAD.

Le rapport reconnaît toutefois les limites actuelles. Chaque CRT reçoit 400 000 euros, pour une file active minimale de 30 bénéficiaires, avec un objectif de 500 CRT d’ici 2028. Selon la mission parlementaire citée, leur dimensionnement serait dix fois inférieur aux besoins d’accompagnement renforcé attendus en 2030. En pratique, les situations urgentes continueront donc de reposer sur les professionnels du parcours et sur des dispositifs de coordination capables de trouver rapidement une solution.

Ce que France Urgence Séniors apporte aux prescripteurs

En attendant que ces réformes se déploient, les situations urgentes ne peuvent pas attendre. France Urgence Séniors accompagne les professionnels dans l’orientation des personnes âgées lorsque le temps presse : sortie d’hospitalisation, aidant épuisé, maintien à domicile devenu impossible.

Notre engagement : une réponse dans l’heure et des solutions en 48 heures, tous les jours de 8h à 23h.

Transmettre une situation :

Source : Institut Montaigne, « Longévité en santé – Prévenir pour mieux vieillir », rapport, septembre 2026.